Texte Libre

Mais qu'est ce que c'est?

C’est un joyeux bazar issu d’un atelier journal.
Chaque semaine, un groupe se réunit, muni de feuilles et de stylos, de beaucoup de mots et d’imagination. Autour de ces instants de rencontre et d’échanges, des textes émergent : abécédaire poème, article, recette…
Ce blog sert de journal de bord à l’atelier, il permet de partager ces mots griffonnés, ces textes rapportés ou crées par les participants de l’atelier.
De temps en temps, au-delà du numérique, un journal sera édité regroupant ainsi ces écrits. Et permettant à chacun de conserver une trace … manuscrite.
Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:13

 

 

Où es-tu passé, mon ami, mon alter ego ?

Je t’ai perdu dans cette forêt immense sous les chênes grandissants qui nous protégeaient et,, ils s’entrelaçaient pour sublimer notre amitié retrouvée.

Les herbes hautes me frôlaient la cheville, tu marchais devant moi à quelques pas, les doigts agrippés aux miens comme s’ils ne devaient pouvoir se séparer que dans l’adversité ou dans le néant. J’ai aperçu ta silhouette disparaître dans un rayon de soleil, une musique endiablée me fit tournoyer sur moi-même, comme une boussole désorientée. Quand j’eus fini mon tournoiement accéléré semblable à celui d’un derviche tourneur, tu avais disparu. Je ne sentais plus ton souffle tiède et ta présence rassurante ; je t’ai appelé ô combien de fois ! J’ai crié, pleuré, sangloté mais tu n’es pas réapparu. Je m’assis sur une pierre plate pour essayer de rassembler mes esprits. Pourtant, je ne cédais jamais à la panique d’ordinaire, mais là, il n’y avait qu’un chemin ; hormis happé par le treuil d’un hélicoptère , tu ne pouvais pas avoir disparu. Et pourtant l’évidence s’imposait à moi : tu n’étais plus là. Je m’installai en position de méditation en tailleur, les paumes tournées vers le ciel pour capter l’énergie de l’univers et tenter de te visualiser. Mais rien, aucun signe, aucun bruit. Tu t’étais évanoui dans les éléments forestiers, m’abandonnant à mon horrible mais habituelle solitude.

Perçant le silence avec une soudaineté étrange, un morceau de flûte irlandaise parvint à mes oreilles, comme si elle provenait du tréfonds de mon âme. Je tournai la tête dans tous les sens, en fait cette musique m’entourait secrètement et magiquement à la fois.

J’étais transposée dans mon monde si secret au plus profond de mon intimité. J’entamai un voyage au-delà des mers et des continents dans la Celtie éternelle et immortelle. J’eus beau essayer de deviner la provenance de la musique, aucune indication ne s’offrait à moi. Uniquement le souffle du vent tel une brise marine, suivie de l’apparition de rhododendrons, fleurs que l’on trouve dans le sud de l’Irlande. Je n’étais plus assise sur une pierre mais sur un piton rocheux au-dessus de la mer, les jambes pendantes et se balançant dans le vide. Cherchant à tâtons un univers familier autour de moi, je découvris une boîte dont le couvercle était en marbre vert du Connemara ; je m’en saisis et fis une tentative pour l’ouvrir, mais le couvercle résistait ; à chaque tentative, le vent forcissait parsemant dans tout mon corps des frissons et des grelottements.
Maintes fois j’essayai de soulever le couvercle, à chaque fois la même réaction se produisait laissant comme pour Ulysse pendant son voyage s’échapper tous les vents. Alors je décidai de la prendre sous le bras et de partir avec comme si cette boîte eût possédé un pouvoir de GPS pour te retrouver mon ami.

En se collant contre mes flancs, cette boîte déclencha une sensation étrange bien que familière ! Je t’entendais rire, me parler doucement comme tu savais si bien le faire. Je ne savais pas pourquoi ni comment, mais je savais que cette boîte contenait la clef pour te retrouver. Il me semblait qu’elle guidait mes pas, où étais-tu donc passé ? Et dans quel monde étais-je subitement transposée ?

Alors que je me posais ces questions, la musique celtique reprit, la même mélodie que celle que j’avais entendue dans la forêt. Etait-ce il y a quelques minutes, quelques heures ? Je n’étais même pas capable de l’estimer. De plus je te sentais

Près et loin à la fois. L’espace-temps à ce moment-là prenait une dimension extraordinaire, inconnue. La télépathie et nos connivences nous avaient transportés dans des mondes séparés et pourtant si proches. Il me semblait alors que tu étais dans une sorte de grotte, ou de caverne, en tout cas dans un abri rocheux, sur une pente escarpée balayée par les vents marins, et pourtant, je ne te voyais plus comme une entité réelle, plutôt comme l’essence d’une âme. Mon esprit fasciné et enchanté me jouait des tours certainement. Mais non, mon cœur m’indiquait, bien que ton espace corporel se fût évaporé, que je ne devais plus rechercher un corps avec deux bras et deux jambes, mais une sorte d’esprit, un esprit bienveillant qui continuait à me soutenir.

Alors je caressai le couvercle de la boîte et ressentis la chaleur de tes doigts refermés sur les miens en une emprise qui signifiait : «  Je te tiendrai la main jusqu’au bout. »

Chaque fois que j’essayais de décoller le marbre de son socle, le même phénomène météorologique apparaissait comme si les éléments refusaient que j’eusse ce présent, du moins pour le moment. Alors je pris le chemin en corniche que m’indiquait la mélodie. Plus je cheminais et plus la mélodie s’imposait à moi comme une évidence. Vinrent s’ajouter des instruments de musique irlandais bien sûr, le fiddle, le bodhràn, les uillean pipes . On aurait dit une véritable session dans un pub. Je progressai, trébuchant parfois sur des galets ou des pierres qui me rendaient la marche plus pénible ; mais je savais que j’étais dans la bonne direction. Chaque fois que je frôlais le couvercle de la boîte, je sentais la chaleur des pubs, la fraîcheur des bières, l’empathie amicale des ces celtes insulaires.

Si je m’arrêtais de marcher, la musique s’interrompait aussi, me laissant seule parmi les éléments déchaînés. Je dus cheminer ainsi pendant des kilomètres tout en effleurant ce couvercle bienvenu et étrange à la fois. Chaque pas sur cette route caillouteuse semblait me rapprocher de toi, mon ami, mon frère.

Le vent accompagnait mon échappée folle à travers les bruyères et la lande. Le chemin s’arrêta brusquement. J’aperçus en face de moi une pierre semblable à celle sur laquelle je m’étais assise dans la forêt. Je sus que tu me serais révélé si je reprenais place sur ce siège improvisé. Lentement, sans empressement, je me posai en tailleur en position de méditation, la boîte reposant sur mes chevilles fléchies. Je découvris un interstice entre le couvercle et la boîte, donc je décidai de tenter à nouveau l’ouverture. Le couvercle se décolla de son socle comme par magie laissant échapper cette musique qui m’était devenue si familière pendant mon épreuve. J’entendis un froissement de feuilles derrière moi ; je me retournai et te découvris là, mon ami de toujours, une flûte entre les lèvres, les doigts agiles bouchant et débouchant les trous. C’était donc toi qui jouais cet air si mélodieux, si enchanteur. Je t’avais retrouvé, mais tu étais devenu plus que mon ami ; tu avais habité mon âme , mon esprit tout entier. Je me laissai aller au bonheur de t’avoir retrouvé, toi mon ami.

Fraginfo

Par atelier journal
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:11

  matisse-henri-02.jpg

 

 

Rouges, jaunes, vertes, violettes, bleues, noires, les maisons s'enchevêtrent. Le clocher de l'église est protégé par une demeure bourgeoise. L'accordéon des dépendances se déploie sur sa gauche. Les tuiles multicolores se chevauchent sans vergogne sur les toits. Sur la droite une maison cache la moitié de sa face telle une jeune fille timide qui protègerait son visage rougi par l'émotion. Dans le lointain, des taches bleutées éparses évoquent des surfaces insondées.Des touches noirâtres irisent le décor d'une sensation de pénombre voire de péril imminent. Les volets des demeures, mi-clos laissent deviner un secret bien cacheé, peut-être un secret de famille. Des montagnes ou des collines font concurrence à la rectitude des maisons.

Sur la route orangée, des traces de pas vertes précècent trois ombres encapuchonnées, laissant croire qu'ils marchent dans leurs propres empreintes.

L'ensemble est diapré de teintes chaleureuses, témoignage d'un peintre au coeur ouvert et harmonieux. Les quelques touches noires disparates évoquent un grain de sable dans l'engrenage d'optimisme de l'artiste. On pourrait écrire un poème pour décrire ce tableau tel Aloysius Bertrand qui écrivait des poèmes picturaux dans « Gaspard de la nuit » au dix-neuvième siècle.

On perd son chemin dans ces mots, dans ces maux, dans ces teintes, dans cet univers irréels et pourtant si proches du lecteur et de l'amateur de tableaux.

Henri Matisse et Aloysius Bertrand, séparés par un siècle d'histoire nous racontent les mêmes événements. Leur art s'entremêle pour procurer au public des émotions visuelles.

Cette image me plaît parce qu'elle est gaie même si on sent parfois une nuance d'amertume.

Fraginfo

 

Par atelier journal - Publié dans : Regards sur image
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:09

    Je me souviens de l'odeur des confitures que concoctait ma mère quand j'étais jeune, en particulier dans notre maison de campagne. Ce souvenir s'accompagne du savoir-faire illimité de ma mère. Dès que j'entrais dans la cuisine, je n'arrivais plus à en sortir. D'abord elle coupait les fruits et les dénoyautait, c'était le plus souvent des fruits à noyaux,mais ceux qui me reviennent le plus en mémoire ce sont les quetsches.

D'abord le parfum âcre de la prune excitait mes papilles. Elle les versait dans un grand fait-tout en cuivre et ajoutait du sucre, qui comparativement n'exhalait aucun parfum. Puis elle allumait le feu sous les fruits qui se mélangeaient au sucre, doucement, très doucement pour ne pas transformer la mixture en caramel.

Le parfum des fruits en train de confire entrait dans mes narines et excitait ma gourmandise; alors, avec une cuiller en bois, j'allais plonger au fond du récipient et m'apercevait avec déception que la confiture ne prenait pas encore, que ce que j'aurais collecté aurait eu le goût amer du fruit sur la branche, ni plus, ni moins. Mais moi, ce que je voulais retrouver sur la langue, c'est ce qui faisait frissonner mes narines. Alors je restais à regarder avec admiration ma mère cuisinière à l'ouvrage.

Au bout de quelque temps que je ne saurais quantifier en heures ou en minutes, la pièce était complètement remplie de l'exhalaison estivale des quetsches.

Quel souvenir! Moi assise sur une chaise à flairer ces effluves qui effaçaient toute autre odeur de la maison. Chaque fois qu'elle approchait du fait-tout, j'avais envie de « tremper mon doigt dans la confiture turelure ». Elle déposait une portion du mélange sur une assiette et le faisait refroidir. Même tiède ce fumet excitait les zones sensitives de mon cerveau. Lorsqu'elle s'emparait de l'assiette qu'elle faisait tourner pour vérifier la consistance, j'attendais, le cœur palpitant, tout en humant la délicate senteur du fruit mêlé en parfaite osmose au sucre.

Lorsqu'elle s'écriait:  « Ca y est! C'est figé! », je me précipitais alors vers l'assiette et reniflais le délicieux mets avant d'y plonger une cuiller. Je portais ensuite goulûment la cuiller pleine à ma bouche, et constatais systématiquement que le goût et

l'odeur se superposaient: le parfum et le goût d'Eden entraient dans mon corps!

La maison portait cette fragrance pendant plusieurs jours, ce qui exaltait chez moi une olfaction magique.

Fraginfo

Par atelier journal - Publié dans : Souvenir des sens
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:07

 

  

 

Quand la lune apparaît dans les roseaux pimpants, la chaleur de l'été descend en vapeur d'eau. Les gouttelettes de pluie s'épandent sur les champs, les oiseaux pleureurs chantent leur désespoir. Les cloches de la chapelle retentissent au lointain laissant dans les mémoires la trace des âmes mortes. Les cigales chantonnent en frottant leurs ailes puis rentrent dans leur dortoir.

Au coucher du soleil, le chat travaille au bord de la rivière, les lunettes coincées sur le bout du museau. Ses moustaches frémissent au passage du vent. Ses oreilles dressées perçoivent le moindre bruit. Il écrit un poème une plume entre les pattes. Son inspiration émerge des temps ancestraux où le chat n'était pas encore un félin apprivoisé. Les souris tournent autour de lui comme fascinées par sa quiétude et sa concentration. Il cherche ses mots , les griffone sur un papier froissé. Il mordille le crayon puis s'arrête dérangé par le coâssement des grenouilles perchées sur les feuilles de nénuphars. L'obscurité tombant, ses pupilles se dilatent. L'animal nyctalope réfléchit et officie. Sa langue se délecte de la rosée du soir, il goûte l'humidité qui lui donne l'espoir. Les vers s'alignent sur sa feuille tels des verres sur un comptoir . Il revêt un costume de poète qui lui sied si bien.

Les oiseaux se sont tus, les musaraignes sont rentrées dans leur nîche; les fourmis s'affairent autour de miettes de pain. Le feu du soleil couchant embrase le paysage. Soudain, il s'interrompt, il vient d'entendre un feulement dans le lointain. Quoi? Serait-ce un autre félin? . Oui, Le Bengale regorge de tigres zébrés qui attaquent la nuit. Alors, il se roule en boule et rentre dans son corps. Il cache sa feuille pour ne pas être surpris en train d'écrire. Un chat qui écrit, c'est plutôt inhabituel! Il n'a pas envie d'être surpris, il prend peur, sa queue se hérisse, il proteste tout en scrutant l'horizon. « Je ne vais pas pouvoir finir mon poème », maugrée-t-il. Puis tout se calme, les grenouilles cessent de coasser, le vent de souffler, les cigales de chanter, les oiseaux de gazouiller. Il se croit tranquille, en sécurité. Nul bruit, nul mouvement; la savane s'éteint petit à petit. Il se retourne après avoir entendu un froissement d'herbe derrière lui. Pas le temps de fuir! Le grand félin déploie ses muscles d’acier et s'abat sur son subalterne. Le chat se retrouve prisonnier des crocs de la bête immonde, il pousse un ultime miaulement et termine dans la gorge du monstre affamé.

Fraginfo

Par atelier journal - Publié dans : improvisations
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:02

Un koala bleuté joue du xylophone dans l'hémicycle,

Un wallaby ventripotent et zen s'exerce au yoga,

Un néophyte fait de la méditation dans la lumière,

J'entends un géant tripoter la serrure avec du bruit,

Un ovipare sombre dans la folie dans une cavalcade,

Il me vient une pensée urgente d'amour dans une dune,

L'envie de rire me prend soudain lorsque j'écris ce poème.

Fraginfo

Par atelier journal - Publié dans : Abcd'air
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