Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 16:13

 

 

Où es-tu passé, mon ami, mon alter ego ?

Je t’ai perdu dans cette forêt immense sous les chênes grandissants qui nous protégeaient et,, ils s’entrelaçaient pour sublimer notre amitié retrouvée.

Les herbes hautes me frôlaient la cheville, tu marchais devant moi à quelques pas, les doigts agrippés aux miens comme s’ils ne devaient pouvoir se séparer que dans l’adversité ou dans le néant. J’ai aperçu ta silhouette disparaître dans un rayon de soleil, une musique endiablée me fit tournoyer sur moi-même, comme une boussole désorientée. Quand j’eus fini mon tournoiement accéléré semblable à celui d’un derviche tourneur, tu avais disparu. Je ne sentais plus ton souffle tiède et ta présence rassurante ; je t’ai appelé ô combien de fois ! J’ai crié, pleuré, sangloté mais tu n’es pas réapparu. Je m’assis sur une pierre plate pour essayer de rassembler mes esprits. Pourtant, je ne cédais jamais à la panique d’ordinaire, mais là, il n’y avait qu’un chemin ; hormis happé par le treuil d’un hélicoptère , tu ne pouvais pas avoir disparu. Et pourtant l’évidence s’imposait à moi : tu n’étais plus là. Je m’installai en position de méditation en tailleur, les paumes tournées vers le ciel pour capter l’énergie de l’univers et tenter de te visualiser. Mais rien, aucun signe, aucun bruit. Tu t’étais évanoui dans les éléments forestiers, m’abandonnant à mon horrible mais habituelle solitude.

Perçant le silence avec une soudaineté étrange, un morceau de flûte irlandaise parvint à mes oreilles, comme si elle provenait du tréfonds de mon âme. Je tournai la tête dans tous les sens, en fait cette musique m’entourait secrètement et magiquement à la fois.

J’étais transposée dans mon monde si secret au plus profond de mon intimité. J’entamai un voyage au-delà des mers et des continents dans la Celtie éternelle et immortelle. J’eus beau essayer de deviner la provenance de la musique, aucune indication ne s’offrait à moi. Uniquement le souffle du vent tel une brise marine, suivie de l’apparition de rhododendrons, fleurs que l’on trouve dans le sud de l’Irlande. Je n’étais plus assise sur une pierre mais sur un piton rocheux au-dessus de la mer, les jambes pendantes et se balançant dans le vide. Cherchant à tâtons un univers familier autour de moi, je découvris une boîte dont le couvercle était en marbre vert du Connemara ; je m’en saisis et fis une tentative pour l’ouvrir, mais le couvercle résistait ; à chaque tentative, le vent forcissait parsemant dans tout mon corps des frissons et des grelottements.
Maintes fois j’essayai de soulever le couvercle, à chaque fois la même réaction se produisait laissant comme pour Ulysse pendant son voyage s’échapper tous les vents. Alors je décidai de la prendre sous le bras et de partir avec comme si cette boîte eût possédé un pouvoir de GPS pour te retrouver mon ami.

En se collant contre mes flancs, cette boîte déclencha une sensation étrange bien que familière ! Je t’entendais rire, me parler doucement comme tu savais si bien le faire. Je ne savais pas pourquoi ni comment, mais je savais que cette boîte contenait la clef pour te retrouver. Il me semblait qu’elle guidait mes pas, où étais-tu donc passé ? Et dans quel monde étais-je subitement transposée ?

Alors que je me posais ces questions, la musique celtique reprit, la même mélodie que celle que j’avais entendue dans la forêt. Etait-ce il y a quelques minutes, quelques heures ? Je n’étais même pas capable de l’estimer. De plus je te sentais

Près et loin à la fois. L’espace-temps à ce moment-là prenait une dimension extraordinaire, inconnue. La télépathie et nos connivences nous avaient transportés dans des mondes séparés et pourtant si proches. Il me semblait alors que tu étais dans une sorte de grotte, ou de caverne, en tout cas dans un abri rocheux, sur une pente escarpée balayée par les vents marins, et pourtant, je ne te voyais plus comme une entité réelle, plutôt comme l’essence d’une âme. Mon esprit fasciné et enchanté me jouait des tours certainement. Mais non, mon cœur m’indiquait, bien que ton espace corporel se fût évaporé, que je ne devais plus rechercher un corps avec deux bras et deux jambes, mais une sorte d’esprit, un esprit bienveillant qui continuait à me soutenir.

Alors je caressai le couvercle de la boîte et ressentis la chaleur de tes doigts refermés sur les miens en une emprise qui signifiait : «  Je te tiendrai la main jusqu’au bout. »

Chaque fois que j’essayais de décoller le marbre de son socle, le même phénomène météorologique apparaissait comme si les éléments refusaient que j’eusse ce présent, du moins pour le moment. Alors je pris le chemin en corniche que m’indiquait la mélodie. Plus je cheminais et plus la mélodie s’imposait à moi comme une évidence. Vinrent s’ajouter des instruments de musique irlandais bien sûr, le fiddle, le bodhràn, les uillean pipes . On aurait dit une véritable session dans un pub. Je progressai, trébuchant parfois sur des galets ou des pierres qui me rendaient la marche plus pénible ; mais je savais que j’étais dans la bonne direction. Chaque fois que je frôlais le couvercle de la boîte, je sentais la chaleur des pubs, la fraîcheur des bières, l’empathie amicale des ces celtes insulaires.

Si je m’arrêtais de marcher, la musique s’interrompait aussi, me laissant seule parmi les éléments déchaînés. Je dus cheminer ainsi pendant des kilomètres tout en effleurant ce couvercle bienvenu et étrange à la fois. Chaque pas sur cette route caillouteuse semblait me rapprocher de toi, mon ami, mon frère.

Le vent accompagnait mon échappée folle à travers les bruyères et la lande. Le chemin s’arrêta brusquement. J’aperçus en face de moi une pierre semblable à celle sur laquelle je m’étais assise dans la forêt. Je sus que tu me serais révélé si je reprenais place sur ce siège improvisé. Lentement, sans empressement, je me posai en tailleur en position de méditation, la boîte reposant sur mes chevilles fléchies. Je découvris un interstice entre le couvercle et la boîte, donc je décidai de tenter à nouveau l’ouverture. Le couvercle se décolla de son socle comme par magie laissant échapper cette musique qui m’était devenue si familière pendant mon épreuve. J’entendis un froissement de feuilles derrière moi ; je me retournai et te découvris là, mon ami de toujours, une flûte entre les lèvres, les doigts agiles bouchant et débouchant les trous. C’était donc toi qui jouais cet air si mélodieux, si enchanteur. Je t’avais retrouvé, mais tu étais devenu plus que mon ami ; tu avais habité mon âme , mon esprit tout entier. Je me laissai aller au bonheur de t’avoir retrouvé, toi mon ami.

Fraginfo

Par atelier journal
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