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LE BAZAR TATOUILLE
Blog de l'atelier journal
Quand la lune apparaît dans les roseaux pimpants, la chaleur de l'été descend en vapeur d'eau. Les gouttelettes de pluie s'épandent sur les champs, les oiseaux pleureurs chantent leur désespoir. Les cloches de la chapelle retentissent au lointain laissant dans les mémoires la trace des âmes mortes. Les cigales chantonnent en frottant leurs ailes puis rentrent dans leur dortoir.
Au coucher du soleil, le chat travaille au bord de la rivière, les lunettes coincées sur le bout du museau. Ses moustaches frémissent au passage du vent. Ses oreilles dressées perçoivent le moindre bruit. Il écrit un poème une plume entre les pattes. Son inspiration émerge des temps ancestraux où le chat n'était pas encore un félin apprivoisé. Les souris tournent autour de lui comme fascinées par sa quiétude et sa concentration. Il cherche ses mots , les griffone sur un papier froissé. Il mordille le crayon puis s'arrête dérangé par le coâssement des grenouilles perchées sur les feuilles de nénuphars. L'obscurité tombant, ses pupilles se dilatent. L'animal nyctalope réfléchit et officie. Sa langue se délecte de la rosée du soir, il goûte l'humidité qui lui donne l'espoir. Les vers s'alignent sur sa feuille tels des verres sur un comptoir . Il revêt un costume de poète qui lui sied si bien.
Les oiseaux se sont tus, les musaraignes sont rentrées dans leur nîche; les fourmis s'affairent autour de miettes de pain. Le feu du soleil couchant embrase le paysage. Soudain, il s'interrompt, il vient d'entendre un feulement dans le lointain. Quoi? Serait-ce un autre félin? . Oui, Le Bengale regorge de tigres zébrés qui attaquent la nuit. Alors, il se roule en boule et rentre dans son corps. Il cache sa feuille pour ne pas être surpris en train d'écrire. Un chat qui écrit, c'est plutôt inhabituel! Il n'a pas envie d'être surpris, il prend peur, sa queue se hérisse, il proteste tout en scrutant l'horizon. « Je ne vais pas pouvoir finir mon poème », maugrée-t-il. Puis tout se calme, les grenouilles cessent de coasser, le vent de souffler, les cigales de chanter, les oiseaux de gazouiller. Il se croit tranquille, en sécurité. Nul bruit, nul mouvement; la savane s'éteint petit à petit. Il se retourne après avoir entendu un froissement d'herbe derrière lui. Pas le temps de fuir! Le grand félin déploie ses muscles d’acier et s'abat sur son subalterne. Le chat se retrouve prisonnier des crocs de la bête immonde, il pousse un ultime miaulement et termine dans la gorge du monstre affamé.
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